« Aurélie L., trop libre pour rester sage » est le 62ème épisode du podcast Hot Stories. Diffusé le 17 juin 2026.
Je m’appelle Aurélie L. Je suis sexothérapeute et créatrice de contenu. J’ai 39 ans tout juste et je suis maman d’un petit garçon de 6 ans. Je vais vous raconter comment j’ai mis un petit peu de temps à assumer mon désir et cette liberté sexuelle dont je rêvais depuis toujours. Moi, je découvre ma propre sexualité très jeune, à l’âge de 6 ans. Je revenais de la plage, c’était les vacances, et je me rince dans la douche et, par hasard, je mets le jet d’eau sur mon clitoris. Et tout de suite, ça a été un petit peu un coup de foudre. Il y avait un côté très enveloppant, cocon, avec l’eau chaude et aussi bulle, parce qu’au final ça se fait dans l’intimité, dans la salle de bain, c’est fermé, et donc ça donnait un sentiment aussi de protection, de sécurité. Et très vite, j’ai compris que c’était en fait de la sexualité.
J’ai grandi dans un milieu assez aisé où on ne parlait pas du tout de sexualité, donc je sentais que c’était un sujet un petit peu tabou. Et en fait, j’avais vraiment une passion pour ça. J’ai une passion aussi bien pour la partie théorie, donc je volais les magazines, Marie Claire, j’essayais de trouver tout ce qui était lié à la sexualité. Vraiment, ce sujet-là, j’avais envie de comprendre. Et un jour, j’ai volé le Kamasutra de ma nounou. Je devais avoir 8 ou 9 ans, quelque chose comme ça, c’était au primaire, et c’était caché sous son lit. Je découvre ça, et tout de suite je comprends que c’est un livre qui parle de sexe, donc je l’amène dans la cour de récréation et je fais faire des petites positions du Kamasutra à la récréation avec les autres élèves. On fait la brouette, je me rappelle notamment, parce que c’était très marquant et très drôle. Et tout le monde rigole, et je me fais attraper bien sûr par la maîtresse. Je suis punie sur un petit carreau dans le préau. Et là, je comprends qu’il va falloir le cacher, dans ma famille, mais aussi avec les autres gens. Ce n’est pas vraiment autorisé, quoi.
L’adolescence, ça a été une période un peu compliquée. Je ne sais plus si c’était dans un resto, dans un café, j’avais regardé quelqu’un et j’avais eu, oui je pense, le regard qui pétille, cette envie de jeu, d’interaction. Et bah l’un de mes parents m’a fait une remarque en disant : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? Tu es en train d’essayer de séduire ? Tu as envie de séduire les hommes ? » Et à l’intérieur de moi, c’était oui, très clairement, j’ai envie d’être dans le jeu, en fait. Et bah c’était très mal vu de dire ça. En fait, on ne fait pas ça. Mais qu’est-ce que tu fais ? Donc j’intègre que créer du désir, ce n’est pas quelque chose de bien, qu’il va falloir le cacher.
À 15 ans, je commence à ne plus du tout pouvoir me retenir. Il y a plein de soirées où je me retrouve avec mon meilleur ami de l’époque. Il commence à me toucher, même le bras, la main, et je perds totalement le contrôle. Il y a un soir, après 22 h, on est dans la maison de mes parents, donc l’appartement familial, et on fait l’amour dans le salon, tout simplement parce que j’avais trop de désir, donc on n’avait pas eu le temps, entre guillemets, d’aller dans la chambre. Et là, j’entends la porte qui commence à s’ouvrir, et je me dis : mince, j’avais perdu toute notion du temps. Il y avait une porte qui donnait vers la cuisine, donc je me mets en partie cachée derrière la porte. Sauf qu’en fait, on me voit, et on se regarde. Wow, ce moment est d’une gêne ultime. Donc après, mes parents reculent, me laissent l’espace d’aller m’habiller dans ma chambre, et on m’accuse très clairement d’avoir fait exprès. De dire, en fait, tu as fait exprès de le faire là. Tu avais le choix d’aller dans une partie intime. Pourquoi est-ce que tu t’es mise devant tout le monde dans le salon alors qu’en fait c’était juste un mauvais timing et la pulsion du moment ? Et donc je me fais exclure de l’appartement familial. Ta vie sexuelle prend trop de place, tu vas devoir vivre seule. Et du coup, je pleure toutes les larmes de mon corps en disant : mais je vais devoir vivre seule ? En fait, je n’ai pas du tout envie, mais qu’est-ce qui va m’arriver ? Donc j’intègre très vite que mon désir, mon envie, ma liberté, eh bien elle m’a coûté ma famille. Elle m’a coûté, à 15 ans, ma place à l’intérieur du cocon familial, de l’endroit qui est rassurant. Et j’ai la peur de me dire : si je suis une femme, si j’ai une sexualité visible et qu’on voit mon désir, on va moins m’aimer. Si je ne suis plus une enfant, en fait je perds l’amour de mes parents. Je suis au lycée, tout le monde vit avec ses parents, et moi, bah je vis toute seule.
Du coup, j’ai mon bac, je commence à aller dans une école de commerce assez classique, à maintenir la façade, à me dire : OK, bon, je fais ce qu’on attend de moi. J’ai une sexualité très, très active avec mon mec de l’époque, on fait l’amour au moins une fois par jour, mais finalement ce n’est pas du tout rassasiant, et c’est une sexualité très hétéro, normative. C’était vraiment que de la pénétration tout le temps, un peu partout, et il ne touchait jamais mon clito. Il avait décrété que c’était trop compliqué, le clitoris des femmes. Il me laissait entendre que j’avais probablement un problème vu que ça ne marchait pas, mais en même temps, je n’avais pas vraiment essayé. Donc à l’époque, je me disais tant pis, ce n’est pas grave, il ne veut pas toucher, on fait juste de la pénétration, c’est OK. Je ne m’étais pas posé plus de questions que ça. Pour moi, c’était normal, et je jouissais toute seule en me masturbant.
En fait, je gardais ma frustration parce que ce n’était pas du tout satisfaisant. C’est-à-dire qu’à l’intérieur de moi, j’ai beaucoup d’envie, beaucoup de désir, mais c’est vraiment une lutte. À chaque fois que j’ai ces pensées, j’essaie de les pousser, et en fait je me sens ultra coupable. Et puis je fais une rencontre qui change beaucoup ma vie. Ma meilleure amie, c’est vraiment l’énergumène un peu libre, toujours en retard de la classe. Moi, j’avais vraiment le profil de la petite fille parfaite, et coup de foudre amical, franchement un peu plus qu’amical, très vite. Ça devient très chaud avec elle : on s’embrasse en soirée, on se touche, et je ressens un désir au fond de moi que je nie totalement parce qu’à l’époque je considère que je suis totalement hétéro. Quand je me retrouve en soirée avec elle, c’est atroce. J’étais dans un état trempé, et elle aussi. J’avais tellement envie de plus, tellement envie de basculer, mais en même temps je m’empêche parce que je sais que je suis en couple exclusif, monogame, donc je me cantonne.
Je me dis : OK, on va juste s’embrasser, se caresser un petit peu dans une boîte, dans les toilettes, dans un bar, et c’est tout, parce qu’il faut que ça reste juste du jeu, que ça ne veuille rien dire. Mais ce truc-là plante une graine de liberté, de folie, et je ressens tout ce que je ressentais enfant et que je cachais adolescente. Je me dis : mais en fait, j’ai envie de vivre ça, j’ai envie de la suivre, j’ai envie de ressentir dans mon corps toute cette excitation. C’est donc ce que je dis à mon mec de l’époque, qui était la première personne avec qui j’avais fait l’amour. Je lui dis : en fait, j’ai besoin de savoir ce que c’est que faire l’amour avec quelqu’un d’autre. Et lui me dit : non, pas besoin. Donc on a un gros débat où il me dit qu’il ne veut même pas que je embrasse quelqu’un. Et là je me dis que je ne peux pas. Je lui dis : écoute, ce n’est pas négociable. Je m’affranchis de ce cadre en disant : je reprends ma liberté, je vais aller explorer. Je pars, je pars en vacances un peu toute seule, je pars surtout avec ma meilleure pote, complice d’exploration, et là c’est l’été de la liberté.
Je viens d’apprendre que mon père a un cancer, donc cet été-là est aussi compliqué : j’ai beaucoup de tristesse, beaucoup de douleur, donc j’ai envie de liberté. Je me retrouve à une soirée, toujours en vacances, une grande soirée au bord d’une piscine, avec des amis. Je me rappelle que j’avais toujours eu un fantasme de faire un plan à trois avec deux gars. Je vois qu’en fait pas mal de mecs de l’école me regardent, sauf que la plupart sont maqués. C’est là où j’ai clairement dépassé mes limites, parce que j’ai beaucoup bu, je ne contrôle plus rien, les mecs viennent vers moi, et je me retrouve malheureusement à embrasser deux gars qui étaient venus là, mais qui étaient pris. Je les entraîne. On se retrouve à faire l’amour dans une voiture, dans une petite 206 très minuscule, parce qu’il n’y a pas de chambre disponible et que leurs copines sont encore dans un autre endroit. C’est vraiment beaucoup d’interdits, et en même temps ça ne se passe pas bien du tout, c’est nul. Les deux mecs étaient 100% hétéros, pas du tout déconstruits, donc ne pouvaient absolument pas se toucher. Je me retrouve à essayer de faire du Tetris dans une 206 avec deux gars qui ne peuvent même pas se toucher les mains ou les genoux.
Je suis déçue. Je me dis : oh, c’est naze en fait, ça se passe trop mal, ce n’est pas du tout bien un plan à trois. Ils partent, je me retrouve assise sur la voiture à regarder la lune et à pleurer toutes les larmes de mon corps, à me dire : mais en fait, c’est ça ma vie ? Est-ce que c’est vraiment ce que je veux, ou est-ce que je suis juste ce petit démon du désir ? Je fais des choses qui ne sont pas moi, donc je me dis que cette partie à l’intérieur de moi est mauvaise. Alors je décide : OK, je vais me remettre avec mon mec dans un couple hétéro monogame. Je rentre, je pleure, je le supplie de retourner dans le droit chemin, et j’arrête même avec ma meilleure pote de faire quoi que ce soit. Donc c’est vraiment global : je dis stop, stop, ça s’arrête, ça ne doit plus exister.
Alors je commence une thérapie à la mort de mon père, et là je commence à me rendre compte. Je vais avoir 30 ans, j’ai envie d’explorer ; est-ce que je ne pourrais pas plus explorer avec mon mec ? Donc je reviens à l’attaque, après quand même longtemps, en disant : moi j’ai envie, tu me donnes du plaisir, j’ai envie que tu prennes le temps de le faire. Et toujours la même réponse, qui ne change pas : c’est compliqué, tu as un problème ? Je fais une petite carte de Noël en disant que la seule chose que je veux dans ma vie, c’est que tu touches mon clitoris. Voilà, mon seul cadeau que je veux du gars : touche mon clitoris s’il te plaît. Je me rappellerai toujours : “ça t’aide, déçu ?” Mais on en a déjà parlé. Mais c’est quoi cette histoire ? Je t’ai déjà dit que c’était trop compliqué et que tu as un problème. Donc on n’arrive pas à trouver de terrain d’entente, et je lui dis que je veux faire un plan à trois avec une autre femme. Je finis par lui mettre un ultimatum, en lui disant que je sais que ça fait très longtemps qu’on est ensemble, mais que je ne peux pas continuer si je n’ai pas une ouverture du couple, si je n’ai pas une vie où je puisse explorer, une vie où je puisse être libre. Et lui me dit : pas question.
Je me dis alors qu’il faut d’abord que j’apprenne mieux mon corps et que j’explore en solo. Je me masturbe tous les jours depuis des dizaines d’années, mais toujours avec la même technique, celle du jet d’eau. Est-ce que je ne pourrais pas réussir à jouer avec ma main ? Parce que si je connais mon corps, si j’arrive à jouer avec ma main, ce sera beaucoup plus simple de le faire avec quelqu’un d’autre. Donc je commence à théoriser le truc en disant : trois fois par semaine, une heure d’entraînement du clitoris pendant six semaines, ça devrait avoir des résultats. Je lance un vrai chrono, en me disant : OK, une heure, tu restes. Et c’est atroce, parce qu’en plus j’ai mal, je reste à un palier, donc j’arrive à avoir du plaisir, je suis très tendue, très tendue, mais je n’arrive jamais à lâcher prise. Je me retrouve dans des états où je pleure, je crie, je me dis que je suis anormale, que mon ex avait raison, que j’ai un problème, et je n’arrive pas à jouer. Donc j’abandonne et je crie dans la chambre en me disant : c’est bon, je renonce, je n’y arriverai jamais, vas-y, tant pis, laisse tomber, ce n’est pas grave. J’ai quand même beaucoup de plaisir, donc je renonce, et là je jouis. C’était très drôle, ce moment où je fais : oh, quoi ? C’est vraiment un moment ultra fort. Je me dis : mais c’est du délire.
Mais c’était vraiment merveilleux. Je pleurais, je dansais toute seule, toute nue dans mon salon. C’était encore dans mon agenda, donc c’était vraiment un soulagement de me dire : mon corps fonctionne, j’y arrive, je peux le faire. J’avais essayé les jours d’après en me disant : OK, est-ce que vraiment ce n’était pas une anomalie ? Oh mon Dieu, au secours. Et en fait non, ça marchait. Il me fallait beaucoup de temps : il me fallait peut-être une minute avec le jet d’eau, là il me fallait au moins quarante-cinq minutes. Donc je me dis : OK, je sais que ça met du temps, mais ce qui compte, c’est que ça marche.
À ce moment-là, j’explore majoritairement en solo. Je me suis séparée, j’ai envoyé valser toute ma vie, et je me demande : qu’est-ce que je veux ? J’écris mes fantasmes, je me masturbe beaucoup, je fais de la câlinothérapie pour voir ce que c’est que les câlins. Je vais à une initiation BDSM, donc très large, mais pas de sexe très classique. Finalement, je vais au Burning Man aux États-Unis. Beaucoup de gens pensent que c’est juste un festival de musique, mais c’est beaucoup plus que ça. C’est un espace pour se rencontrer soi-même et rencontrer les autres, notamment par la sexualité. Donc j’y vais pour faire la fête, mais aussi pour aller faire tous les ateliers qui sont proposés. Il y a plein de gens qui ont inventé des machines, il y a un cheval d’arçon, vous savez, le truc de gym là. Et donc il y a un mec qui avait inventé un énorme vibromasseur dessus, et on se met sur le truc de gym, et après ça fait des orgasmes énormes.
Il y avait un atelier de masturbation collective avec des sortes de machines à poncer qu’on mettait sur les clitos. Il y avait des dingueries niveau sexe. Un des ateliers qui m’a le plus marqué et qui m’a beaucoup inspiré : j’ai fait une session de masturbation à 200 femmes. On était 200 femmes dans une sorte d’énorme dôme, et il y avait une femme avec un micro qui disait : OK, je vais vous expliquer une technique de masturbation. On était toutes allongées en cercle à se masturber, et je me disais : mais c’est trop puissant. C’était incroyable. De voir, de sentir les autres femmes, le côté sororité. J’adore vivre ce genre d’expérience, l’énergie féminine, puissante, collective. Il y avait une vibration dans l’air qui était incroyable. Je sens les autres gens qui font l’amour à côté de moi ou qui sont juste en train de jouir, comme ces femmes, et je me dis : ouah, c’est comme si on était une sorte de troupeau, en fait, de groupe. Et ça me donne un sentiment de force et d’appartenir à un collectif qui est très fort. Quelque part, j’ai l’impression que je me rapproche des gens.
Quand je reviens du festival, je me rends compte que je suis partie à la rencontre de moi-même. Quelques semaines après, ça bascule : je couche avec ma meilleure pote. On est chez moi, on se dit qu’on va faire une sieste. Alors moi, faut savoir que souvent je fais des siestes dans des bodies en dentelle, donc j’avais quand même un terrain assez propice. On est là à dormir, et donc elle se met derrière moi, elle commence à me toucher, et je ressens de l’excitation. Elle se tourne et elle me dit : « Est-ce que tu veux que j’arrête ? » Et je fais : non, vas-y. Et on commence à faire l’amour pendant très, très longtemps. Plus de deux heures, et d’une façon très naturelle, très simple, très fluide. Je suis étonnée de me dire : mais ça peut être aussi facile et aussi simple que ça ? Parce qu’en fait, on a énormément de moments, on rigole en faisant : attends, mais c’est comme ça. Donc en fait on se montre des techniques de masturbation qu’on utilise, on joue, on explore. Elle me montre comment elle fait, dans quelle position, elle me dit : vas-y, j’essaye sur ton corps, voir ce que ça fait, la façon dont moi je fais. Après je fais : attends, mais moi je fais comme ça. Je me rappelle du moment où on dit : vas-y, on essaye, ça fait quoi un cuni ? Enfin, je me sens ultra en confiance parce qu’en fait on parle. J’ai aucune pression, et naturellement ça fait monter le plaisir, le désir, le jeu et la confiance.
Au bout de plusieurs heures, je finis par jouir. C’est la première fois que j’arrive à jouir avec quelqu’un, et on vit une expérience qui est très belle. Donc ça nous donne envie de recommencer le lendemain, et trois jours après pareil : en prenant énormément de temps, on finit par faire l’amour dans la baignoire pour continuer vraiment dans un flot. Et il m’arrive quelque chose que je ne comprends pas à l’époque : je sens tout mon corps qui vibre vraiment, une énorme tension, une énorme vibration, et elle approche sa main de moi, elle la pose sur ma poitrine, et c’est un orgasme énorme. Je jouis totalement, je perds la tête, je crie, j’ai l’impression que je vais m’évanouir alors qu’il n’y a aucune stimulation de mes organes génitaux. Elle ne m’a pas touchée. C’est comme s’il y avait une charge électrique en moi partout dans tout mon corps, et qu’elle avait une autre polarité, et qu’elle posait sa main sur mon torse, et que j’explosais. Je me dis : mais qu’est-ce qui m’est arrivé ? C’est quoi ce truc-là ? Je veux comprendre ce que c’est pour pouvoir le reproduire. Donc je me rends compte que l’orgasme que j’ai eu, c’est un orgasme tantrique. Et là, je commence à m’intéresser aux tantras. C’est une pratique très ancienne qui vient d’Inde : c’est se connecter à son énergie sexuelle, qui est aussi son énergie de vie, et plutôt que de la laisser concentrée dans les organes génitaux, on va la faire monter, et ça va permettre de ressentir un plaisir beaucoup plus diffus dans tout le corps.
Je me rends compte que l’orgasme que j’ai eu, c’est un orgasme tantrique. Et là, je commence à m’intéresser aux tantras. C’est une pratique très ancienne qui vient d’Inde : c’est se connecter à son énergie sexuelle, qui est aussi son énergie de vie, et, plutôt que de la laisser concentrée dans les organes génitaux, on va la faire monter, ce qui permet de ressentir un plaisir beaucoup plus diffus dans tout le corps. Donc c’est une jouissance beaucoup plus globale, beaucoup plus océanique que la simple libération des organes génitaux qu’on a dans un orgasme normal.
Je commence à explorer un petit peu le tantra en solo, en fait, et à me demander : OK, ça fait quoi, l’énergie sexuelle qui bouge à l’intérieur de moi ? Donc, si quand je me touche, je ne cherche pas juste à avoir ma décharge du clito, mais si j’attends, que je fais des pauses, que je touche le reste de mon corps, que je commence à faire monter mon énergie sexuelle, je peux avoir quelque chose de très différent, beaucoup plus diffus. Et là, je me rends compte que finalement ce qui m’intéresse, c’est plus la jouissance que l’orgasme. L’orgasme, pour moi, c’est les contractions et la libération qui dure quelques secondes, vraiment la contraction réflexe du corps. La jouissance, c’est vraiment un état de plaisir très diffus, très intense, qui peut durer plus longtemps et qui peut même être un plaisir supérieur à celui de l’orgasme.
Moi, parfois, j’ai des visions. Je vois des choses qui apparaissent, des formes, des kaléidoscopes, ou d’autres trucs. Et je fais des exercices sensoriels où je marche dans l’herbe, pieds nus, et je suis à la limite de jouir, en me disant : waouh. Si j’arrive à me connecter à la sensation de l’herbe sous mes pieds, je vais quasiment jouir. Je ressens vraiment des sortes de picotements, de la chaleur, ça remonte le long de mes cuisses, ça m’irradie au niveau de la vulve, mon clito gonfle énormément, je le sens même sur mes tétons. Je commence à transpirer, et je sens tout dans ma colonne vertébrale. C’est vraiment comme une énergie, un courant qui circule, mais un courant de plaisir, très sexuel. Et donc ça change beaucoup ma sexualité parce que je me mets moins de pression et je vais chercher à explorer une autre forme de plaisir.
Je rencontre le père de mon fils un an après m’être séparée, jour pour jour, à peu près. J’ai un coup de foudre, donc je perds totalement la tête, je tombe dans une passion pas du tout rationnelle où je m’oublie, je ne m’écoute pas. La belle chose qui naît de ça, c’est que j’ai un fils incroyable, merveilleux. Je porte un enfant, je vois mon ventre qui grossit, j’accouche, et en fait ça m’a donné confiance en moi. Je peux être cette femme libre, désirante, très surpuissante. Par exemple, tout simplement, moi j’ai des petits seins. Et ça a toujours été un truc où je me disais que c’était moins féminin, les petits seins. Et puis j’ai allaité : oui, j’ai des petits seins, mais ils fonctionnent très bien. Donc ça m’a permis d’incarner la femme puissante que j’avais envie d’être, de me dire : je ne suis plus une petite fille, là je suis mère, et donc je vais pouvoir être totalement libre. Ce n’est pas parce que j’ai un enfant avec cette personne que je suis obligée de rester. On ne s’entend pas, on n’est pas compatibles. Je ne veux plus de cette vie de couple classique qui ne me correspond pas. Je reprends ma liberté.
Quand je me sépare, c’est un moment un petit peu de transition où je me dis finalement que cette partie de la sexualité et de la liberté est trop importante, et je commence à avoir des partenaires réguliers. Il y a des gens que je rencontre dans la rue, dans un café, au restaurant, et quelques-uns sur des applis dédiées à des rencontres autour de la sexualité. Et je fais une rencontre un petit peu étonnante : je rencontre un mec pas mal plus jeune que moi, qui se rend clairement compte, quand on parle, que j’ai beaucoup plus d’expérience, que je sais de quoi je parle et que je suis passionnée. Il me dit : « Moi, je n’ai aucune expérience, apprends-moi. » Et là, ça génère chez moi un énorme fantasme interne : je me dis waouh, je vais avoir un apprenti. Parfait, je vais avoir un cobaye et je vais tester des choses sur le corps masculin pendant deux ans. J’ai cette personne avec moi et le cadre est très clair, très posé : on est là juste pour de l’exploration sexuelle, tu es mon apprenti. Je lui donne des protocoles, en disant : alors, tel protocole, tu fais ça, ça, ça. Et comme il a quasiment jamais couché avec qui que ce soit, ça me permet aussi quelque part de formater le meilleur amant de la terre. C’est un peu mon soumis, et j’étais sadomina, et la sexualité était géniale avec lui.
Je me rends compte que c’est une relation très riche et très complice, où on devient aussi un petit peu pote. Sauf qu’en fait, il arrivait de moins en moins à gérer. Il était dans un état où il ne pouvait plus poser aucune limite, aucune frontière, et il était devenu fou amoureux. Je me dis alors : stop, stop, stop, je le mets en danger, je mets mes valeurs en jeu, c’est la connexion, le respect, la complicité, donc je coupe et j’arrête.
Je me dis aussi que j’ai envie d’explorer la sexualité de groupe. Au début, je vais par curiosité dans certaines soirées libertines, je ne me sens pas bien du tout, pas du tout en sécurité. Je me retrouve dans des soirées de sexe de groupe à regarder, à me dire que je ne me sens pas excitée, et je suis un peu déçue au début. Puis quelqu’un me parle d’un autre mouvement, qui s’appelle le mouvement sexpo, le sexe positif. Et là, je me dis : OK, vas-y, je vais explorer. Donc je commence par des ateliers de consentement. Il y a un exercice, par exemple, où l’on se met face à face en binôme, et l’on fait trois propositions à la personne, et la personne refuse : « Est-ce que je peux te faire un câlin ? » Non. « Est-ce que je peux t’embrasser ? » Non. « Est-ce que je peux te toucher les seins ? » Non. Et la personne en face dit merci pour ton non. C’est le principe de dire que plus on apprend à dire non, plus c’est facile de dire non, et plus on se rend compte que dire non est valorisé, plus en fait ça va être simple de le faire.
Après, je me retrouve à aller à ma première soirée de sexe de groupe. J’y vais avec une très bonne pote de l’époque, limite en pyjama, on se dit qu’on va discuter, que je vais prendre des notes dans mon carnet, et qu’il ne va rien se passer. J’arrive dans une maison aménagée pour ça, avec des ateliers, une énorme pièce et une sorte d’immense salon avec plein de matelas. On est, je pense, 20 ou 30 personnes. On passe deux heures à faire des ateliers de connexion : on va parler, se toucher les mains, s’embrasser sur la joue, danser ensemble. Donc on est dans zéro sexualité au début, on est juste dans la connexion, et je me sens bien.
À ce moment-là, j’ai une interaction avec une personne qui ne s’identifie ni comme homme ni comme femme, mais comme personne non binaire, et qui a une vulve. On a un exercice, on doit s’entraîner à toucher la main et l’avant-bras de la personne. Cette personne commence à me caresser les seins et me regarde dans les yeux, en me disant d’une façon ultra cash que, dès qu’elle est entrée dans la pièce, elle a eu du désir pour moi. Et là, ça fait une erreur 404 dans mon cerveau : attends, je suis hétéro, mais je ressens un désir fou pour cette personne. Oui, j’ai très envie qu’elle continue à me toucher les seins. Ça bascule très vite, je me retrouve à faire l’amour à quatre avec cette personne et deux autres gars, et là c’est incroyable.
Il y a cette personne non binaire et un gars qui sont en train de me lécher les seins, et j’ai la vision de mon corps avec deux têtes sur chaque sein, et là je me dis : oh waouh, c’est incroyable. Et je me dis que ça peut être super simple, en fait. Par exemple, il y a un moment où je suis en train de caresser le clito de cette personne pendant qu’elle est en train de se faire prendre, et en même temps je suis en train d’embrasser un autre gars. Donc on est quatre et tout le monde est connecté ensemble. Il y a un autre moment où je la prends dans mes bras, je lui embrasse le cou pendant qu’elle se fait prendre, et un autre moment où moi je suis en train de me faire prendre par le gars pendant qu’elle est en train de me faire un cuni. Enfin, tout se fait d’une façon super fluide, tous ensemble. C’est d’une telle fluidité, d’une telle intensité, d’une telle passion, d’une telle connexion. L’énergie est connectée à plusieurs personnes. On est en train de danser ensemble, en fait ; on pourrait être en train de faire de la danse, mais on fait du sexe et on touche beaucoup plus la peau. Ça fait vibrer ma peau, j’ai du plaisir de dingue, je jouis plein de fois, et je me dis qu’il y a une sorte de saturation d’essence.
À un moment, je vois qu’il est 3 h du matin et je me dis que je pourrais continuer toute la nuit, mais il y a la nounou demain, mon fils va se lever à 7 h quand même. J’ai un petit sursaut à 3 h du matin en me disant que ça fait 7 heures que je suis en train de faire des trucs, de faire des trucs de connexion. Peut-être qu’il faut penser à rentrer, là. Et c’est drôle parce que je me rappelle la tête de l’organisatrice quand je lui dis : écoutez, en fait, je suis maman, je dois aller relever la nounou. Elle me regarde en mode : OK, d’accord, et elle a un grand sourire, genre très OK, vas-y. Donc je cours pour relever la nounou, et je suis dans un état de béatitude. Je me dis : ah waouh, je peux avoir toutes les vies. J’ai le côté incroyable de mon fils, de connexion, de famille, même si je suis maman solo, et le côté liberté, exploration. Le réveil à 7 h était compliqué, ça c’est sûr, mais en fait j’étais tellement sur un nuage d’endorphines que je planais toute la journée. J’étais juste un grand sourire avec mon fils, en mode : ah, la vie est belle. J’étais fatiguée mais tellement contente.
C’est un coup de cœur pour le sexe po, et donc je me mets à y aller toutes les semaines, parfois deux ou trois soirées par semaine. Je rencontre des gens pour qui le sexe est une façon de se connecter, et pas une façon juste de baiser, de se vider, ou ce que moi je ne conçois pas en fait. Et je rencontre aussi une communauté. Je rencontre d’autres femmes comme moi, et je commence à partager de la sexualité avec des amis, à avoir des frontières beaucoup plus poreuses que ce qu’on a dans le monde normal, entre guillemets. Dans une des soirées, j’ai une rencontre assez explosive avec un homme, un vrai coup de cœur amical, amoureux, sexuel, qui devient vraiment mon partenaire de vie principal.
Et on a le droit aussi de vivre d’autres choses, même d’autres formes de relations. Sur le papier, tout va bien ; dans la pratique, lui comme moi, c’est notre première relation polyamoureuse de couple, et donc on n’arrive pas à gérer plein de fois. Je dépasse la ligne rouge parce qu’il me dit : vas-y, vas-y, et en fait je vois dans ses yeux que ce n’est pas OK, mais on n’arrive pas à poser un cadre. Il y a plein de fois où je ressens de la jalousie, on se détruit, enfin. J’en doute à ce moment-là, en me demandant si je peux vraiment être en couple et si tout peut fonctionner ensemble.
Et là, je vais dans une soirée, une soirée de sexe de groupe réservée aux femmes, et je fais une rencontre incroyable : une femme incroyablement belle qui connaît mon mec. Donc c’est de la prise de contact facile. Elle me dit : « Ah mais je connais ton mec, je l’ai vu à une autre soirée et tout. » On discute, et je me dis que cette personne est brillante, vraiment brillante, et donc je me dis que ça va vraiment pouvoir être une amie.
On se met à faire du wax play, donc on joue avec de la cire chaude. Elle me verse de la cire chaude sur le corps, et on n’avait jusque-là aucun contact physique. Là, elle me verse la cire et je me rends compte qu’elle est capable de lire les signaux de mon corps avec une simplicité, une fluidité qui est folle. Elle pose sa main sur mon bras et là, quasiment, je jouis, donc j’ai une décharge énorme dans mon corps, je sens toute son énergie, et je suis là : mais qu’est-ce que c’est que ce truc-là ? Je fais : oh, je suis désolée, je ne sais pas ce qui se passe, je suis excitée là. Et c’est la première fois de ma vie que je me retrouve face à une femme qui est vraiment ultra ancrée, ultra posée, qui assume son désir sexuel, notamment pour les femmes, et qui me regarde en me disant : non mais en fait, moi je veux faire l’amour avec toi. C’est tellement sûr, tellement assumé, que je me dis que c’est incroyablement sexy.
Je fais l’amour avec cette personne, et il se passe un truc assez fort qui est très tantrique, c’est-à-dire que je jouis des dizaines et des dizaines de fois. Grâce au tantra, et dans les soirées je pouvais déjà beaucoup jouir, mais là, directement, la connexion est forte, sexuelle, émotionnelle. Et là, c’était d’une évidence simple, quoi. À partir de là, on ne s’est plus quittées. Donc je suis rentrée ; j’étais très proche de mon mec, c’est mon meilleur allié à ce moment-là, il est avec moi, embarqué, en me disant qu’il sait que je ne suis pas hétéro et que lui trouve ça génial. Donc pendant plusieurs mois, je suis vraiment en couple avec les deux.
Sauf que je n’y arrive pas. Je suis vraiment avec une femme qui assume son désir, qui assume sa bisexualité, qui assume toutes ses facettes, et en fait c’est inspirant. Donc je prends la décision qu’en fait je suis avec une seule personne en couple, et c’est cette personne-là, parce qu’en même temps j’arrive à vivre un des espaces de liberté que je n’arrivais pas à avoir avec l’autre personne. On devient un couple, on a assez le fusionnel, donc très fort, qui explore beaucoup ensemble. On joue énormément à deux, on fait des trucs, des dingueries, donc en plus c’est tellement sécurisant. C’est mon binôme diabolique, quoi. La complicité, en plus, ça nous nourrit, et après on a d’autres relations qui sont de l’amitié, une autre forme d’amour, une autre forme d’attachement, ou de la sexualité qu’on partage pour certaines ou qu’on ne partage pas pour d’autres. Moi, j’adore la voir en train d’avoir du plaisir avec d’autres gens, et elle aussi. Ça fait partie de nous, de notre couple, ça nous solidifie.
On organise des soirées chez nous. On a de vrais partenaires, et on aime ça. On a envie de constituer un cheptel partagé de nos amants, de nos amantes, de gens avec qui on partage cette liberté, quoi. Donc on fait partie de la communauté sexpo, donc on va à beaucoup de soirées ensemble de la communauté sexpo. On explore aussi toute la partie un peu BDSM parce qu’elle, c’était quelque chose qu’elle aimait bien. Moi, je ne connaissais pas du tout cet univers, donc je fais mes premiers pas pour comprendre et découvrir. Là, j’en suis au début de l’exploration du BDSM, et on aime aussi beaucoup saisir l’instant présent.
Une des dernières dingueries, c’est l’homme des cavernes. Alors ça, c’était incroyable : on était en vacances ensemble, sur la plage, et il y avait un homme super intrigant, les cheveux grisonnants, vraiment le corps très tanné par les éléments, qui nous regarde. On n’avait jamais osé encore, et c’est un de nos plans : aller, dans la vraie vie, en plein milieu de l’après-midi, proposer à quelqu’un un truc comme ça, où c’est clair que c’est du sexe. Donc elle est un peu plus timide que moi, elle dit : ah là là, il est incroyable. Je fais : vas-y, on ose. Et finalement, bon, c’est lui qui nous parle, donc je n’ai même pas besoin de sortir ma punchline que j’avais préparée. Il a une voix incroyablement sexy, et le gars nous explique qu’il vit dans une grotte. Qu’il a fait un retour à la nature, que finalement il a un peu quitté ce monde, et donc il vit dans une grotte qui donne sur l’eau, où il se nourrit de baies, de fruits, de noix, vraiment dans une simplicité.
Mais c’est un homme dans une grande ouverture à la connexion. Il n’est pas du tout dans un truc de consumérisme, il est vraiment en train de nous poser des questions, les yeux très ouverts, beaucoup de curiosité. Je me dis : waouh, on voit qu’il est dans une appétence de connexion, de rencontres. Il a beaucoup de curiosité sur nous, en disant : mais OK, vous aimez aussi les hommes, vous aimez explorer, vous aimez jouer ? Donc beaucoup de curiosité. Et là, il appelle les Crazy Girls, et je lui explique que j’ai envie qu’on fasse l’amour à trois. Directement, on se pose, on discute, et on va dans notre chambre. Du coup, nous, on invente des trucs, des moves signatures : on dit OK, on va faire une double fellation avec une technique de ping-pong. Donc, en plus d’avoir la créativité, d’inventer des choses et de le partager avec de la complicité de couple, c’est encore plus beau.
Et dire que cet homme, là, incroyablement sexy, qu’on croise en plein milieu de l’après-midi sur une plage, on ose lui proposer un plan à trois, et de ramener ce mec dans la chambre d’hôtel. Mon Dieu, je me dis : ce serait l’accouchement de tous les parents. Dangereux, quoi. On aurait pu dire dangereux, mais non, finalement. Et de voir que ça se passe bien, de sentir l’énergie, et de dire que finalement oui, il y a des gens méchants et pas bien partout, mais aussi il y a beaucoup de gens qui sont géniaux quand on les rencontre.
Moi, j’ai toujours eu un petit fantasme pour Lara Croft, donc je me suis toujours dit : ah, je veux être la Lara Croft du sexe, vraiment en mode exploratrice, et accepter toutes les facettes. Ce côté très adrénaline, une sensation forte, l’exploration, et en même temps le côté famille que j’adore, le côté maman que j’adore, le côté professionnel que j’adore, tout. J’ai osé aménager toute ma vie pour pouvoir explorer et être libre, même au niveau de l’espace. C’est-à-dire que j’ai déménagé pour être dans une maison qui est sur plusieurs étages, pour que toutes les vies soient compatibles. Il y a un étage tout en bas où il y a mon fils et la personne avec qui il vit ; un étage au milieu qui est un espace partagé, un espace de famille ; et un espace tout en haut qui est ma chambre, mais aussi une playroom, la salle de jeux des adultes.
Parce que finalement, faire l’amour, c’est jouer. Ce qui fait que, si je suis en train de faire de la sexualité, on n’entend rien quand on est dans l’étage des enfants, et les portes sont fermées. J’ai des détecteurs pour être sûre que, s’il monte et qu’il arrive au deuxième étage, ça va sonner, donc on sait. Bref, et ça se passe très bien. La playroom est en bois exotique, donc j’aime bien le côté bois chaleureux. Il y a une petite cheminée, il y a des tatamis pour pouvoir jouer ; on peut faire des cordes, du shibari, mais on peut aussi faire l’amour à plusieurs sur ces grands tatamis. Il y a un espace, une petite niche avec un très grand lit, il y a partout des néons. Sur tous les murs, il y a des miroirs, donc où qu’on soit, on peut se voir aussi en train de faire l’amour.
Il y a une balançoire, on a des accessoires un peu drôles, on a une sorte de cabinet de curiosités avec plein de sex toys. Si on a envie de jouer, il y a une table des désirs et des délices, avec une table en verre où l’on peut allonger quelqu’un et faire des choses dessus. Il y a des espaces pour faire de la cire. Bref, il y a plein de petits espaces de jeux différents. C’est aussi ma chambre ; au début ce n’était pas ma chambre. Et en fait, j’aimais beaucoup la pièce, donc il y a une petite niche où il y a le lit, et on dort là avec ma compagne, et c’est très bien. Et en même temps, c’est notre espace d’exploration, et c’est là où je me sens le plus cocon, quoi.
Ça m’arrive d’organiser des soirées, et on a déjà été plus de 12 à 15 à faire l’amour simultanément dans la pièce. Et ça, c’était incroyable : voir tous ces amas humains vibrants. Je me disais : waouh, là il y a 7 personnes en train de faire l’amour dans un coin, là il y en a 3, là il y en a 4… Ah waouh, j’ai toujours rêvé de vivre cette vie, finalement. Et cette liberté de pouvoir offrir ces espaces aux gens, c’est quand même merveilleux.
Je suis une vraie sexploratrice, et j’explore la sexualité sur toutes ses facettes, parce que c’est mon choix, parce que c’est ma liberté. C’est ma passion, en tant que femme, en tant que personne, en tant qu’individu. Je pense que c’est aussi au fur et à mesure des rencontres que j’ai envie d’explorer de nouvelles choses. Par exemple, j’ai envie de me faire attacher, de faire du shibari. J’aimerais faire l’amour en apesanteur, par exemple. Je sais qu’il y a des voyages — on ne va pas dans l’espace, mais on est juste en suspension. J’aimerais voir ce que ça fait quand on est en train de flotter et de faire l’amour ; ce serait peut-être que 20 ou 30 secondes, mais ça, j’aimerais beaucoup. J’aimerais faire l’amour suspendue à une falaise, à plusieurs milliers de mètres d’altitude, parce que je fais de l’escalade. J’aimerais faire l’amour sous l’eau, à 20 ou 30 mètres : qu’est-ce que ça fait sur le corps aussi ? La pression, est-ce qu’on arrive à faire l’amour ? Donc il y a beaucoup de choses aussi très sensationnelles que j’ai envie de vivre.
J’aimerais organiser la plus grosse orgie du monde. Une orgie, ça peut être plein de personnes qui ont des attirances sexuelles très différentes, qui font l’amour avec ou sans pénétration. J’ai envie aussi d’utiliser tout ça pour véhiculer un message de plus de liberté, permettre aux autres gens d’être libres. Je trouve ça incroyable, et c’est un des trucs qui me donne le plus de satisfaction aussi. Et c’est exactement mon métier : c’est ce que je fais avec tous les contenus que je crée sur tous les réseaux. C’est autoriser les autres gens à être libres, parce que moi, j’ai tellement dû lutter pour avoir cette liberté qu’en fait j’ai envie d’aider d’autres gens en disant : venez, en fait, juste on est libres ensemble, et juste on peut être soi-même, et c’est beau.