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« Aurélie L., la révolte de la petite fille parfaite » - 10 juin 2026

« Aurélie L., la révolte de la petite fille parfaite » est le 19ème épisode du podcast Women Stories. Diffusé le 10 juin 2026.

Aurélie se présente, et présente son enfance classique du 16ème arrondissement

Je m’appelle Aurélie L., j’ai tout juste 39 ans.
Je suis parisienne depuis toujours.
Je suis maman solo d’un petit garçon de presque 6 ans.
Je suis en couple polyamoureux, c’est un couple ouvert.
Je suis sexothérapeute et surtout créatrice de contenus sur les réseaux sociaux sur tout ce qui est sujet de sexualité, de couple, de relation, de déconstruction.
Je vais vous raconter comment j’ai tout envoyé valser pour vivre la vie très hors norme dont j’avais toujours rêvé.

Je suis née dans une famille assez classique du 16e arrondissement, donc dans un milieu assez bourgeois, assez aisé.
Je suis issue d’une lignée de femmes qui a subi des abus, ne serait-ce que parce que je suis racisée : je descends de personnes qui, il y a quelques centaines d’années, étaient esclaves, mais dans notre famille, on n’en parlait pas, ou pas tant que ça.
J’ai vraiment grandi dans une famille intellectuelle, et ça, c’est très présent : tout ce qui touchait au corps passait au second plan. Moi, très petite, j’adorais bouger et j’adorais faire du sport, et du coup il y avait une forme de honte à dire : bah pourquoi tu aimes le sport ?
J’ai toujours été très intéressée par le rapport au corps et par la sexualité.

Attirance pour filles et garçons, la honte et les tabous

Ça m’attirait, quoi ? Comme un mystère. Et ben, je volais les magazines. Marie Claire, où il y avait des petits articles un peu sur le couple, sur la sexualité, pour aller les lire, pour essayer de comprendre. Il y a des articles que je lisais 10, 15, 20 fois, et que je gardais, et que je gardais cachés. J’avais très peur quand même, parce que si on découvrait que je faisais ça…

Je comprends, au même moment, que je suis attirée par les garçons et les filles, et très vite je ressens qu’il y a un problème. Je me dis : waouh, quand j’embrasse une fille, je suis obligée de me cacher dans les toilettes ; quand j’embrasse un petit garçon, ça, je peux le faire dans la cour de récré. Je dois avoir 8, 9 ans, j’ai embrassé une petite fille et je vomis en boucle la nuit parce que je me sens coupable. Je me dis : mais c’est horrible ce que je fais, je comprends pas, j’arrive pas à résister. Pourquoi j’ai fait ça ?

Dans mon contexte familial, il y a eu des remarques homophobes, notamment lesbophobes. J’ai tellement peur par rapport à ce que vont dire mes parents que je suis dans mon lit et j’ai des crampes de ventre horribles en me disant : mais s’ils le découvrent, ça va être atroce, quoi.

Le corps féminin, les règles et les dangers perçus

Et donc très vite, je commence à renoncer, entre guillemets, et à me dire : bah en fait, j’aime aussi les garçons, c’est plus simple. Et très vite, le fait d’avoir un corps qui change, je me suis dit que ça allait poser problème.

Instinctivement, l’enfant, la jeune ado, se dit : oh, on va moins m’aimer, parce que je me dis qu’il y a une honte, un tabou, que ça veut dire que je grandis, que ça veut dire qu’il va y avoir de la sexualité.

Je me rappelle très bien la première fois où j’ai eu mes règles. J’étais dans un aéroport et je ne savais pas ce que c’était. Au début, j’ai cru que j’avais un cancer, et donc je pleurais en disant : waouh, j’ai un cancer, je suis en train de saigner. Et je me suis dit : faut que je le cache.

C’était dur parce que, toute seule, j’ai pris un sopalin et j’ai dû trouver, toute seule, OK, bah c’est quoi ? Je mets des serviettes ? Je mets un tampon ? Je n’avais personne à qui en parler, et après j’ai pu en parler à des copines. Mais le fait de me dire : bah je peux pas en parler dans ma famille, c’était quand même assez difficile.

Bah c’est pas des choses dont on parle, et c’est des choses qui vont m’attirer des problèmes. Et ça, très vite, il y a un discours que j’entends là-dessus : attention au regard des hommes, tu risques d’être violée.

Et il y a une scène qui m’a particulièrement marquée : c’est ma sœur qui revient. On a deux ans et demi d’écart, elle avait je sais pas 13, 14 ans, il y avait un gars qui lui avait montré son sexe dans le métro, un frotteur. Et donc elle arrive en pleurant, choquée.

Première question : comment t’es habillée ? Et ma sœur avait une jupe. Et moi, à cet instant, pour de vrai, je me dis : c’est sa faute. Et c’est ça qui est horrible, parce que je la regarde et elle pleure, et plutôt qu’aller lui faire un câlin, la prendre dans les bras, dire mais je suis avec toi ma sœur, c’est horrible ce qui t’est arrivé, je la regarde moi-même avec jugement en disant : bah tu l’as cherchée, maintenant.

Bien sûr, je pense plus du tout ça, mais à l’instant, la petite Aurélie, qui a 14, 15 ans, se dit : ah bah oui, elle a fait ça. On nous a dit depuis toujours qu’il fallait pas le faire, bah elle l’a fait, voilà, elle a été punie.

C’est la concrétisation que vraiment, en fait, c’est dangereux et qu’il peut nous arriver des choses si on met des jupes, si on se maquille, et moi je ressens mon corps qui change.

J’ai une très forte libido au lycée, dès la seconde, c’est vraiment je le ressens dans ma chair. Donc j’ai un meilleur ami avec qui je m’entends très bien. Et donc petit à petit, ça bascule jusqu’à ce que, bah finalement, on finisse par faire l’amour ensemble.

Du coup, je me dis : bon bah j’ai couché avec, c’était mon meilleur ami, on s’entend bien, ça veut dire qu’on est ensemble. Et l’après-midi, je fais l’amour dans le salon chez mes parents, et malheureusement mes parents rentrent, et bah j’ai pas le temps d’aller me cacher, donc ils nous surprennent comme ça dans le salon.

Exclusion du domicile familial et indépendance forcée à 15 ans

Et là, la sentence tombe. Alors pour moi, j’avais 15 ans, c’était une sentence atroce où je suis obligée de quitter le domicile familial.

Mes parents considèrent que je suis adulte alors que rien à voir. J’ai une sexualité, ça veut pas dire que je suis adulte, mais ils considèrent que je ne peux plus vivre là.

C’est très dur pour moi de devoir quitter vraiment l’appartement, le cocon, la famille. Pour moi, c’était la concrétisation que être adulte, faire l’amour, la sexualité, c’était quelque chose qui faisait qu’on allait moins m’aimer.

Et la punition finalement s’est transformée en très belle occasion parce que bah, ça m’a permis d’être libre. D’être responsable de moi-même, de prendre mes décisions.

J’ai monté une première boîte, par exemple, j’ai monté un négoce de scooters. Donc en plus je commençais à être indépendante financièrement à 15 ans, alors que tous les autres parents, les autres enfants me disent : mais c’est bizarre, mais tu étais toute seule, mais tu rentres pas dîner chez toi ? Je fais : si, mais je peux, mais je suis pas obligée parce que je vis seule. Ils disaient : mais attends quoi ?

Enfin très étonnée, ma scolarité se passait très bien, ce qui fait que paradoxalement, pour mes parents, bon, elle vit toute seule mais elle gère. Alors qu’en effet, enfin moi je côtoyais des gens qui prenaient de la drogue, ça m’arrivait de sortir en boîte, j’avais 15 ans. Bon.

Mais surtout moi j’ai envie qu’on m’aime, en fait. J’ai envie que ma famille elle-même... Donc je vais rentrer dans le cadre, je vais rentrer dans ce contexte familial, et donc je me mets dans un couple assez classique. Je me dis : OK, bah continue, on fait des bonnes études, j’achète un premier appartement, on se met... enfin vraiment, l’escalade de l’engagement, l’escalade de la petite vie très conforme, très parfaite. Après on va avoir 1, 2, 3 pièces parce que peut-être qu’on va avoir un enfant.

Une double vie secrète et le cancer de son père

Enfin, tout était bien dans le meilleur des mondes, sauf qu’au fond, bah, c’était déjà difficile à tenir pour moi. Et ce n’est pas ce que je voulais, puis il y a une rencontre qui change beaucoup ma vie.

À l’université, c’est ma meilleure amie : on se retrouve à bosser ensemble et là, très vite, grande amitié. Je suis là, OK ? La petite fille parfaite avec la petite robe, et puis l’autre personne aux cheveux bleus, qui m’aide à reprendre le vrai chemin de moi-même, en fait, à me libérer.

Et j’ai une espèce de double vie : je vis une vie où je sors le soir, ça m’arrive d’embrasser des filles, j’ai ce truc de grande liberté, d’extase, que j’ai toujours voulu vivre. Et ensuite, bah, le dimanche à 12 h, je suis bien là, au déjeuner familial, au brunch, avec une petite tenue bien conforme, et voilà. Donc je vis très bien, pendant une période, les deux univers.

J’ai 22 ans, je fais des études de grande école de commerce assez classiques, et j’apprends que mon père a un cancer généralisé, qu’il a déjà eu un cancer avant dont on ne nous a pas parlé, je ne savais pas. Et c’est un énorme électrochoc.

C’était la personne de ma famille dont j’étais la plus proche. Et donc je me dis : bah, sur cette deuxième fois, je vais être là, je vais adapter toute ma vie pour pouvoir être présente.

Du coup, le côté clan, le côté famille devient encore plus important. Donc je me dis : je vais travailler à mi-temps pour pouvoir aller à l’hôpital avec lui, pour être là le soir, pour pouvoir déjeuner avec lui. Donc toute ma vie devient aidante, en fait, pour pouvoir être là, et je reste dans cette conformité un petit moment.

Le deuil de son père, la thérapie et le questionnement

Mon père finit par mourir, j’ai 26 ans. Juste avant de mourir, il me dit : « Aurélie, tu n’as plus besoin de moi, tout va très bien se passer pour toi, tu n’as plus besoin de moi. »

Toute la réalité s’effondre. J’ai tellement mal, j’ai tellement de douleurs dans mon corps que je ne peux plus parler.

Donc on m’envoie voir un psy en disant : ce n’est pas normal, je ne peux plus parler. Et je commence une thérapie qui va énormément m’aider et changer ma vie.

Petit à petit, je me rends compte de plein de choses. Donc j’ai perdu mon père, il est mort, ça veut dire que tout ce qui était vrai, quelque part, ne l’est pas forcément. En le perdant, je deviens libre.

Le mythe fondateur, j’ai envie de dire, s’effondre à ce moment-là. Je travaille avec ma famille parce qu’à la mort de mon père, mon engagement vers le clan familial continue pour pas que toute sa création, son entreprise, s’effondre. Et ce n’était pas du tout ma volonté, ce n’était pas mon appel premier, mais à ce moment-là je me dis : OK, je vais aller aider quelques mois. Finalement, ces quelques mois se sont transformés en plusieurs années parce que je n’arrivais plus à partir, en fait.

Et donc je commence à regarder toute ma vie, à me poser des questions. Mais alors mon couple, alors mon boulot, alors ma vie… Et si je mourais maintenant, moi aussi, est-ce que je serais heureuse de cette vie ? Est-ce que ça me ressemble ? Est-ce que c’est ça que j’ai envie de vivre ?

Et là, la réponse est clairement non.

Le 31 décembre, le déclic pour une nouvelle vie

Je me dis : mais le temps, il a filé, il a disparu. Et je me dis : qu’est-ce que j’ai fait ? Il y a vraiment deux ans où j’essaie de rester dans le cadre et de me dire : bah, je vis ce bouillonnement à l’intérieur, je vis toutes ces questions, mais je ne sais pas quoi en faire.

Jusqu’à mes 30 ans, où ça explose. C’est un 31 décembre, je suis à une fête avec mes amis, tout le monde danse autour de moi et mes pieds ne veulent plus bouger. Je suis paralysée, je regarde mes pieds et là, très concrètement, je me dis : le premier pas, le prochain pas que je vais faire, c’est le premier pas du reste de ma vie.

Et je me rappelle très bien : je fais un petit pas, je tourne la tête, je regarde autour de moi et je me dis que personne ne s’est rendu compte, mais là tout a changé. Et je me dis : waouh, qu’est-ce que je veux faire ?

J’ai toujours rêvé d’aller dans une salle de sport, de soulever des poids. Je ne sais pas pourquoi, moi, j’ai toujours voulu faire ça. Bah demain, moi, je vais faire ça.

Tous les jours, je vais faire une heure de sport par jour. Je ne fais pas du tout de sport, mais je me dis : à partir de demain, tous les jours, je fais au moins une heure de musculation.

J’ai toujours voulu écrire, on m’a toujours dit : toi, t’es une scientifique, tu peux pas écrire. Bah, je vais écrire des histoires, donc demain je vais à la salle de sport, je vais écrire des histoires et je vais méditer.

Je me rappelle des premières fois où il est 6 h 30 du matin, je suis là, je me dis : t’es une malade, mais qu’est-ce que tu fais ? Et je suis là à essayer de soulever des poids, en me disant bon, OK.

Et j’ai de la chance parce que très vite je rencontre un coach de sport qui m’aide, qui est là, qui est très intéressé par ma démarche, par cette petite meuf qui se balade dans la salle de sport en regardant : bon, qu’est-ce qu’on fait ?

Et pareil, j’écris et je me dis : mais je ne sais même pas ce que je vais écrire ou quoi. Donc je commence à écrire des petits bouts, des petits bouts d’histoire, et puis je médite. Donc ce moment de 6 h 30 à 8 h 30, tous les matins, devient un moment de liberté extrême, intense, et ensuite je rerentre dans le cadre pour continuer dans la vie parfaite.

Résister à la pression de la maternité et du mariage

Il manque un bébé, donc je me retrouve à avoir une vraie pression de mon compagnon et de ma famille pour tomber enceinte. Et ce qui est bizarre, c’est que du coup, on commence à me dire : mais t’inquiète pas, tu peux le faire, nous, on va s’en occuper, même si toi, t’es pas convaincue.

Donc il y a vraiment une négociation sur la maternité, et moi je le sens pas à ce moment-là. Je suis là, en fait, je sais pas, et je me sens coupable. Je me dis : mais c’est bizarre, pourquoi est-ce que je veux pas être mère ?

C’était mon meilleur ami, je m’entendais trop bien avec lui, mais une partie de moi me disait : je veux pas rester toute ma vie avec cette personne. Et en plus, je me dis à l’intérieur de moi : si ça se trouve, je veux pas être mère. Et tout de suite, je me dis : ah là là, je peux surtout pas dire ça aux gens, c’est tabou, ça veut dire que je suis une grande égoïste. J’aimerais juste pouvoir me poser la question de ce que je veux, et j’ai…

Pareil pour le mariage : mon compagnon comprend pas pourquoi on se marie pas, et moi j’ai envie de dire que je pense pas qu’on me responsable toute la vie, donc je vais sûrement pas me marier. Mais je peux pas dire ça. Et donc voilà, je résiste à cette pression familiale du bébé, et ce qui m’intéresse, c’est plus mes petites capsules de liberté.

Le désir d'ouvrir le couple et la rupture inévitable

J’ai de la chance, hein, parce que vraiment, mon meilleur pote, qui était aussi mon compagnon, était super soutenant. Donc lui, il m’aidait, il trouvait ça génial, donc j’avais beaucoup de chance d’avoir quelqu’un qui me soutenait.

La seule chose sur laquelle on n’était pas d’accord, c’est que moi, à ce moment-là, j’essaie d’ouvrir le couple et je lui dis en fait : j’ai envie qu’on fasse d’autres choses. Je crois que je suis aussi attirée par les filles. J’aimerais bien faire un plan à trois, par exemple, donc je lui dis que j’aimerais bien faire un plan à trois aussi avec une fille, avec toi. Et lui me dit : non, pas du tout, moi, il n’est pas question de ça, qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Donc on s’éloigne. Lui, il a envie de cette vie très cadrée, qui lui correspond, et moi je sens que j’ai envie d’autre chose.

Je commence à ressentir énormément de désir pour mon coach de la salle de sport, et je me pose la question : est-ce que je me résiste, en fait ? Donc je me mets un peu un ultimatum à mon partenaire. Je lui dis : on s’entend très bien, mais moi, ce n’est pas négociable. Soit on arrive à ouvrir le couple, soit moi, je peux plus.

En fait, il me dit : moi, c’est impossible pour moi. Et je dis : bah allez, on arrête. Et au début, il ne y croit pas. Non mais ça fait 15 ans qu’on est ensemble, tu vas pas me quitter pour une histoire de sexe ? Et je fais : bah en fait, c’est pas une histoire de sexe, c’est une histoire de liberté.

Déménager à Saint-Ouen pour créer un espace communautaire

Les gens comprennent pas, parce qu’ils disent : mais vous vous entendez trop bien, vous vous disputez pas. Donc c’est vraiment Aurélie qui vrille.

Mes amis, j’arrive à leur dire. Mais à ma famille, jamais. Je leur dis : écoutez, il n’a pas voulu ouvrir le couple, moi j’ai très envie d’explorer des choses avec d’autres gens. Donc eux, ils comprennent pas.

J’ai toujours grandi dans le 16e, mais je ne suis pas sûre de me reconnaître dans ce quartier, dans ces valeurs, dans cette façon de vivre. Donc je me dis : en fait, je vais partir. Je déménage à Saint-Ouen, qui est dans le 93, donc dans des zones assez populaires au nord de Paris.

Je me rappelle ma famille qui me dit : mais tu vas mourir là-bas, qu’est-ce qu’il va t’arriver, y a des dealers… Moi je suis là : écoutez, on verra, je pense que je peux me débrouiller.

Le décalage de vision, de dire : waouh, c’est des zones dangereuses, il est totalement faux, quoi.

Je vais pouvoir avoir un espace qui est quand même assez grand. Directement, je me dis : mais en fait, moi, j’ai pas besoin de vivre toute seule dans un grand espace, j’en ai pas besoin. Donc si j’ai un grand espace, il faut qu’il serve à d’autres gens, à une forme de communauté.

Donc je cherche un lieu qui soit hybride, où moi je puisse avoir une chambre et en même temps une sorte de salon, où je puisse être dans le salon la journée où je ne suis pas là, ou même les soirées. Et ben, ça puisse accueillir des associations de méditation, de yoga, de sport, des assos féministes, en disant en fait gratuitement, les assos vont pouvoir avoir un lieu pareil.

Devenir sexothérapeute et dire la vérité à sa famille

Sur mon travail, je me dis : OK, en fait ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Donc finalement, j’arrête le salariat. J’arrête aussi de travailler avec ma famille, donc je pars et je décide de faire une formation de sexothérapeute.

J’ai toujours été passionnée par la sexualité. Je pars faire du tantra en Inde, à Goa, et là, à ce moment-là, j’ai un gros déclic : je me dis qu’en fait, je vais arrêter de cacher.

Du coup, quand on me pose des questions, je recommence à répondre la vérité. Ma famille me demande : qu’est-ce que t’as fait ce week-end ? Et moi je réponds : j’étais dans une hutte de sudation avec des femmes nues dans la forêt, on a dansé à la pleine lune. Pour eux, c’est vraiment genre elle est malade, quoi, elle est passée de l’autre côté, elle est folle.

Et à un moment, on me pose une question très frontale : est-ce que t’as plusieurs copains ? Et je dis : ouais, je vois plusieurs personnes. Là, pareil, je vois les regards en mode : mais elle est perdue. Et je vois à quel point c’est mal, dans leur regard, ce que je suis en train de faire.

Il y a une scène qui m’a beaucoup marquée : des personnes de ma famille se sont mises devant la porte, à un moment où je vais partir, et pleurent. Elles me regardent et me disent : j’aime pas la personne que t’es. Et là, la phrase que je me rappelle, c’est que j’ai eu beaucoup de bienveillance. J’ai regardé, et j’ai dit : bah je peux rien changer, c’est juste qui je suis.

Je suis juste moi. C’est comme si je redevenais moi, donc c’est comme si, à 30 ans, je me disais : ah, je suis redevenue l’enfant Aurélie. Et petit à petit, commençaient à venir les graines de à quoi ça peut ressembler.

Découverte du dating et un coup de foudre passionnel

La vie dont j’ai envie de vivre, au début, je ne sais pas. Enfin, sur les relations, j’étais restée de 15 à 30 ans avec la même personne.

Je me retrouve dans le monde du dating, mais totalement hors cadre, hors norme. Je ne connais rien. Je me retrouve vraiment dans un nouveau monde, avec beaucoup de questions mais pas du tout de réponses.

Un an après m’être séparée, jour pour jour ou à peu près, j’ai un rendez-vous pro dans le cadre de mes études de sexo : c’était le fondateur d’une entreprise de dating.

Donc je vais au rendez-vous. Et ce qui est incroyable, c’est que j’ai vraiment ce souvenir de monter les marches, de voir cette personne se tourner, et on a vraiment un eye contact, on sourit.

Et c’est vraiment comme dans les films : je n’entends plus rien, le temps s’arrête, et là, coup de foudre immédiat.

Je me retrouve à vivre ma première passion amoureuse, ce qui m’apprend beaucoup parce que je confonds tout. Je confonds la passion physique, la passion sexuelle et la passion amoureuse.

Donc c’est quelqu’un avec qui je n’étais pas du tout compatible pour être en couple. Mais je me dis : si. Je ressens ça, si je ressens ce grand attrait, ce grand truc, forcément ça veut dire que, cliché hein, c’est l’amour de ma vie, ça veut dire que je dois être avec lui.

Une grossesse inattendue et l'acceptation de la maternité

Je commence donc à vivre une histoire d’amour très tumultueuse, où malheureusement je suis obligée de renoncer à certaines valeurs. Parce qu’au début, cette personne est d’accord, sur le papier, pour qu’on ait une forme d’ouverture, mais finalement il me dit : en fait, je ne suis pas prêt à le vivre, ce n’est pas ce que je veux.

Et là, je rêve que mon père vient me dire que je vais avoir un fils, et je vois une scène avec un enfant blond en Martinique.

À ce moment-là, je faisais déjà beaucoup de sport, de méditation, de yoga, donc j’avais une grosse conscience de mon corps. Et je me dis : mon corps change, là, je sens qu’il y a un truc qui est très différent. Donc je vais voir une meilleure amie qui est gynéco, et je lui dis : je pense que je suis tombée enceinte la semaine dernière.

Elle me répond : mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est impossible de le sentir. Je lui dis : fais-moi une prise de sang. Elle me fait une prise de sang, elle me rappelle en me disant : oh mais c’est incroyable, c’est vrai ! Et donc elle me dit : oui, c’est exactement ça.

Ça, c’était assez beau, et moi je me dis : bah alors je pense que la méditation, le temps, avaient aidé. Je me dis : bon, ce n’était pas mon projet, mais c’est une incroyable surprise, c’est un beau cadeau de la vie.

Allons-y. Je n’avais pas cet appel de maternité très fort, et je me dis : bah je vais construire une relation différente avec mon enfant, je vais rencontrer une nouvelle personne et je vais réussir à l’aimer comme elle est.

Vivre une maternité libre, même en festival à Berlin

Je vis cette grossesse avec beaucoup de bonheur, et en même temps avec beaucoup de réalité, parce que je me rends compte que probablement je ne vais pas rester avec le père de mon fils. Et concrètement, l’accouchement est un peu difficile pour mon fils : il part en réanimation et il n’est pas avec moi pendant les deux premières heures.

Au début, pendant les six premières semaines, il ne peut pas être décollé de moi. C’est-à-dire que je dois faire pipi avec lui, je dois me doucher avec lui, il doit dormir sur moi : il ne peut pas être décollé. Donc c’est six semaines de peau à peau continue.

Je n’avais pas du tout prévu ça, d’avoir quelqu’un collé à moi, et de comprendre très vite que cette petite personne est différente de moi, qu’elle a ses besoins. Je me dis : vas-y, suis le flot de cette petite personne. Et donc, pendant six mois, j’essaie de ne pas travailler, juste d’être avec lui.

Je respecte son rythme à lui. Et en même temps, ça me donne une forme de liberté, parce que je ne suis pas dans la contrainte : je le mets en porte-bébé avec moi. J’ai envie de sortir ou j’ai envie de voyager ? Bah il vient avec moi.

À un moment, je me dis : j’ai envie de faire un festival à Berlin. Je l’emmène donc avec moi, avec un petit casque. Faut savoir que moi je ne prends rien du tout, je bois quasiment pas d’alcool, donc je me dis qu’il est en sécurité. Il est là, dans un festival électro, et j’ai le souvenir de lui, je crois qu’il a 4 ou 5 mois, qui lève les yeux pour regarder la pleine lune.

Et on est tous les deux à regarder la pleine lune dans ce festival, avec le son. C’est un des plus beaux souvenirs de ma vie.

En fait, je voulais venir, je voulais faire ce festival à Berlin, et on l’a fait. Tous les trucs que je voulais faire, je les ai faits, et je l’ai emmené avec moi. Mais à 34 mois, je me rends compte que j’ai envie de plus de liberté : je suis dans un couple exclusif qui ne me correspond pas, ce n’est pas la vie que je veux, je ne suis pas libre, et la liberté n’est pas négociable. Et là, j’ai une forme de culpabilité en me disant que je ne peux pas faire ça à mon fils.

Choisir sa liberté en tant que mère célibataire

Je me rends compte que ça m’avait marquée, quand j’avais pris la vie avec lui, de me dire : s’il y a un problème, tu dois d’abord mettre ton masque à oxygène sur toi, et après sur ton enfant. Et en fait, c’est exactement l’allégorie que je reprends.

J’ai dit au père de mon fils : écoute, moi, j’étouffe, je meurs. En fait, là, je vais me sauver moi-même.

Encore une fois, c’est une prise de décision : je quitte le père de mon fils, je vais être maman solo, ce n’est pas grave, je vais me débrouiller.

Donc je pars deux semaines méditer à la montagne, et en plus c’est le Covid, avec ma meilleure amie qui est aussi maman, donc elle part avec les deux enfants. On marche dans la forêt, les enfants sont une sorte de crèche de montagne, et on discute, on médite, on parle pendant des heures.

Et là, je trace un petit peu les contours de ma future vie. Je commence à dessiner mes semaines idéales, à réfléchir au nombre de fois où je veux ne pas être obligée de rentrer dormir si je dors avec quelqu’un d’autre.

Je note tout sur un papier, et j’écris mes besoins en tant que maman, mes besoins en tant que femme.

Donc je me dis : plus jamais le couple exclusif. J’écris aussi, en face, les renoncements que je préfère. Par exemple, je dépense pas mal dans des restos : eh bien, je ne suis plus obligée de faire des restos. Je peux cuisiner moi-même, ou aller marcher avec mes potes, ou juste prendre un verre.

Mais je ne fais plus ces restos qui coûtent 50 euros à chaque fois et qui m’obligent à renoncer à plein d’autres choses. Et ça, c’est important aussi dans la création d’une nouvelle forme de liberté et de maternité, parce qu’en fait je vois que les autres modèles de vie ne me convenaient pas.

Exploration de la pansexualité et libération sexuelle

Quand je me sépare et que je me retrouve maman solo, c’est plus simple. Je me dis : attends, j’ai plus à laver les affaires d’une autre personne, à me préoccuper du bien-être d’un autre, du genre “est-ce qu’il a bien mangé ?” — tout bête, mais je me rends compte que j’avais une charge mentale de couple énorme. Donc je commence à avoir une liberté sexuelle.

Parfois, je fais beaucoup de plans d’un soir. Et puis il y a des gens avec qui j’ai des relations plus suivies.

Je me rends compte qu’entre juste avoir du désir pour quelqu’un et être vraiment amoureuse de quelqu’un, il y a plein de choses, plein de variantes, en fait, qui existent et qui sont très riches. Et par la même occasion, je me rends compte que, même si ça peut sembler très bizarre, jusqu’à ce moment-là je pensais que j’étais hétéro, enfin hétéro curieuse.

Et en fait, je suis vraiment totalement pan. Enfin, sur le plan sexuel, le genre de la personne ne compte pas pour moi : je peux avoir une vraie attirance pour un homme, une femme, une personne non binaire, une personne trans. Et ça, c’est aussi un gros chamboulement, parce que dans la rue, c’est comme si j’avais perdu une paire de lunettes.

Je commence à voir des femmes dans la rue et à me dire : je suis attirée par des femmes. Du coup, je fais mon coming out, forcément, à ma famille, qui le prend pas bien, on va s’en douter.

Et mes amis, c’est très drôle, parce que leur réaction c’est : bah oui, évidemment, on le savait. Moi je suis là : non, mais moi je pensais que j’étais hétéro.

Mais en fait, c’était déjà pareil enfant, hein ? J’embrassais les garçons, les filles. Donc finalement, c’est juste repartir vers qui je suis. Et j’ai un autre coup de foudre pour une autre personne.

Les complexités et défis du polyamour hiérarchique

Et là, très vite, je me dis : bah cette personne-là, en fait, j’ai envie d’être en couple avec, mais j’ai envie de conserver mes autres relations. Et je me rends compte que, bah, c’est du polyamour.

Donc je commence à construire ce polyamour hiérarchique, où j’ai une première relation de couple forte et d’autres relations, d’autres interactions.

Au bout d’un moment, ça devient un peu compliqué parce que lui et moi, c’est notre première relation polyamoureuse hiérarchique. On vient tous les deux, à la base, d’un modèle plus classique, et du coup on n’arrive pas à gérer parce qu’il y a la peur de perdre l’autre. Et même si on s’aime très fort, même si on s’entend très bien et qu’on veut la même chose, on n’y arrive pas.

Et là, je vais un jour à une soirée queer où j’ai une interaction avec une femme, et j’ai un coup de foudre. C’est-à-dire que je sens une sorte d’encre au niveau de mon cœur qui s’accroche, et je me dis : waouh. Et là, j’ai peur. Je me dis : oh mon Dieu, au secours, qu’est-ce qui s’est encore passé ?

On sort de la soirée, on a passé toute la soirée ensemble, il est 4 heures du matin, et moi j’ai peur de me dire : mais en fait, là, cette relation, je veux que ce soit une relation. Et j’ose lui dire : mais quand est-ce qu’on se revoit ? Elle me dit : demain matin.

Et je commence une double relation : elle sait que je suis déjà en couple, et donc j’en parle à mon compagnon. Je lui dis : bah, j’ai rencontré quelqu’un, ce n’est pas juste sexuel.

Et lui est très volontaire, en disant : bah écoute, OK, ce n’était pas prévu. Bon, on galère déjà avant l’ouverture, mais bon, écoute, tu ne l’as pas décidé. Donc très incroyable, vraiment, dans la bienveillance, dans l’écoute, à me dire : je veux que tu puisses le vivre, je veux qu’on réussisse.

Donc je me retrouve à avoir deux relations principales, à me dire : OK, bon, donc je cherche des modèles. Est-ce qu’on peut avoir vraiment deux relations principales ? Et donc je suis en couple avec les deux, et en plus j’ai d’autres relations secondaires. Donc ça commence à être compliqué, et ça, ça devient pour moi douloureux.

C’est bête, hein, mais j’ai une scène où je me trompe de prénom. Je me réveille à côté de l’un et je me rends compte que ce n’est pas la bonne personne. Je pensais que j’étais avec l’autre, et du coup je me trompe de prénom, et là je me dis : ça devient très compliqué.

Je vois dans le regard de chacun que, quand je pars, qui c’est que je vais passer la soirée avec, l’autre, ou dormir avec l’autre, ou partir en week-end avec l’autre ? Ce n’est pas si simple. Mais je me rends compte qu’en fait, je me sens coupable, je me sens pas bien, et je n’ai pas envie de ça, parce que je suis en train de faire du mal à deux personnes. Et quelque part, malheureusement, le choix est évident : cette femme, je n’avais jamais eu de relation avec une femme.

Construire une relation solide basée sur la sororité

Mais il y a quelque chose dans son histoire de liberté qui est très proche du mien. Il y a un tel écho de liberté dans ce qu’elle dit que je n’ai pas peur de perdre ma liberté.

Et je vis cette histoire d’amour, ce couple solide que je construis avec cette femme incroyable. Et c’est très dur de dire à l’homme que j’aime : en fait, on ne peut plus être ensemble, je n’y arrive pas.

En même temps, ce qui est très beau, c’est que je reconstruis une autre forme de relation. On a toujours beaucoup d’affection, on garde une forme d’amour. On veut préserver ce qui marchait : la complicité, la connexion, même le fait de se dire qu’on peut partager des moments d’intimité, des câlins, tout en le gardant.

Lui, maintenant, il est en couple de son côté, et moi, j’ai mon incroyable amoureuse, avec qui je veux construire, et je n’ai pas de doute : je ne veux pas être en couple avec une autre personne. Et elle aussi fait le même choix. C’est une autre femme qui a dû faire tout ce chemin de déconstruction, venant aussi d’une famille assez classique.

On se comprend, il y a un truc de sororité en même temps que de couple qui est ultra puissant. C’est quelqu’un d’engagé, de féministe aussi. Au-delà d’être en couple, on partage une vision des choses, une puissance, une vibration, une liberté du féminin, et je trouve ça beau.

L'entrepreneuriat, les valeurs et le burnout

Et en même temps, je me dis que la liberté est très importante pour moi, et que j’ai envie que les autres puissent être libres, et comprendre que le fait d’être libre, ce n’est pas être égoïste, et ce n’est pas devoir renoncer à une famille, ni renoncer à l’engagement.

Je pense que, pour moi, ça passe par ma passion, par le rapport au corps. Donc je me dis : je vais le partager. Je vais monter une start-up, faire une appli digitale pour aider les gens avec des programmes à se réapproprier leur sexualité.

Et je me retrouve à un gros tournant, parce qu’une partie des programmes est utilisée par les hôpitaux de Paris. Je rencontre une oncologue qui me dit : on a essayé avec des femmes qui ont un cancer, et il y a de super bons résultats, donc peut-être que ça pourrait être un dispositif médical.

Ce que vous créez peut changer vraiment la vie de patients qui ont un cancer. Et là, forcément, je pense à mon père. Je me dis : waouh, enfin, c’est fou, je fais quelque chose qui peut aider les gens qui ont un cancer.

Et là, on commence à m’appeler le soir jusqu’à 23 heures, je bosse tous les jours. Vraiment, grosse charge mentale, et je me retrouve dans un truc de start-up cliché, un peu à l’américaine, très capitaliste.

Très vite, je me rends compte que j’ai un petit problème de valeur : je l’ai fait, quelque part, pour prouver à ma famille que je pouvais.

Partager son histoire en devenant créatrice de contenu

C’était une façon de chercher de la validation : monter cette boîte. Mais en fait, ce n’est pas du tout ce que je veux, alors j’arrête tout. Et je me mets à méditer 6 à 7 heures par jour en me disant : bon, écoute, je ne sais pas ce que je vais faire.

Mais je l’ai trouvé. J’ai vraiment passé trois mois dans une méditation assez intense. Et ce qui est cool, c’est qu’un jour, une des personnes qui bossait avec nous me dit : attends, c’est trop bien quand tu racontes tes soirées ou tes histoires de sexe, vas-y, je te filme.

On me met sur YouTube, et là je dis : écoute, je ne suis pas convaincue, moi je n’utilise pas Insta, je n’ai pas les réseaux sociaux, moins on me voit, moins les gens savent ce que je fais, mieux je pense que je me porte. Il me dit : allez, allez, c’est trop bien et tout. Je fais : bon, écoute, vas-y.

Donc il crée une chaîne YouTube en mettant mon vrai nom, en disant : allez, moi je te filme avec le portable. Et très vite, ça prend. Des gens adhèrent, des gens m’envoient des messages, des gens disent : ah mais c’est génial, c’est très libérateur. Enfin quelqu’un qui dit ça.

Je me retrouve à me dire : waouh, ce n’était pas prévu. Du coup, la chaîne YouTube se lance, ça marche très vite bien, puis on lance Insta, qui décolle aussi très bien. On lance Facebook aussi, qui décolle très bien. Ça fait deux ans et demi.

Je crée des contenus qui sont à la fois éducatifs, avec des choses que moi j’aurais voulu avoir, et aussi beaucoup de déconstruction. J’ai aussi des contenus plus inspirationnels où je parle de ma vie : comment la liberté sexuelle peut exister quand on est une femme, comment on ne pas être hétéro, comment on combine ça avec une vie de maman, avec un couple, avec l’engagement, avec la loyauté.

Donc tout ça, c’est dire aux gens qu’en fait vous pouvez construire le modèle qui vous ressemble, et surtout vous n’êtes obligés à rien, parce que c’est ça la vraie liberté. Ma liberté à moi, elle est sur ce modèle-là. Mais vous, peut-être que l’exclusivité, l’hétérosexualité, la monogamie, c’est parfait pour vous.

Donc moi, je veux juste que vous vous posiez des questions, comme moi je me les pose, pour faire vos choix.

Optimiser le temps entre maternité et travail

J’ai commencé aussi à réinterroger mon rapport au travail, donc à avoir une organisation du temps plus smart, différente, et que je peux faire varier selon les jours.

Par exemple, si je dois répondre à mes messages, je vais y répondre pendant 20 minutes, je mets un chrono, et ça sonne : bip, c’est terminé.

Je suis beaucoup plus productive depuis que je suis maman, tout simplement parce qu’à un moment je me suis dit : OK, je veux vivre ça, ça, ça. Je veux être libre, je veux faire du sport tous les jours, je veux méditer, je veux faire des voyages, je veux passer du temps avec mon fils.

Je n’ai pas mon fils un week-end sur deux et la moitié des vacances, donc il y a seulement deux nuits par mois où il n’est pas là. Et encore, le père de mon fils le récupère le samedi à 10 heures et le redépose le dimanche à 18 heures. Moi, je suis très contente d’avoir mon fils la plupart du temps, parce qu’au final je le vois beaucoup, je passe beaucoup de temps avec lui.

À un moment, je me suis dit : le temps n’est pas infini, comment je peux optimiser les choses, notamment avec mon fils ? Je me suis demandé quels étaient les moments les plus qualitatifs.

Par exemple, le tunnel du soir, vers 18h30-19h, je trouve que ce n’est pas un moment très sympa. En revanche, à 16h30, il a encore de l’énergie, on peut faire des choses ensemble. Donc, si je veux, avec mon fils, c’est peut-être plutôt entre 16h30 et 18h30. Et puis il y a toute une partie du mercredi, avec une demi-journée ensemble, plus le déjeuner. Je vais le chercher à l’école, il est seul avec moi.

On sort donc d’une logique de quantité pour aller vers des moments de qualité, vraiment privilégiés, au-delà du nombre d’heures.

Au début, je pensais à prendre une nounou, et finalement je me suis vite rendu compte que le modèle que je dessinais sur le papier ne correspondait pas au format nounou payé à l’heure. C’était plutôt des heures de veille, des heures de présence quand il dort, de 19h30 à 7h ou 8h le matin. Sinon, je dois sortir, aller faire la fête. Ça m’arrive de ne pas dormir là, et en fait lui dort : il n’a pas besoin que je dorme là. Donc je me suis rendu compte que c’était plutôt un format au pair qu’il me fallait, avec quelqu’un qui soit là.

C’est un coût, qui peut sembler très important.

Faire face aux jugements sur sa maternité et son fils

Moi, c’était ma peur du début : me dire en fait, comment je vais faire ? Mais finalement, ça me revient moins cher que d’avoir une nounou.

Le regard des autres a été difficile, parce que je me rends compte que, dans les commentaires des vidéos que je fais, il y a plein de gens qui ne comprennent pas. Il y a des gens qui m’attaquent et qui disent que je ne peux pas être une bonne mère.

« Ah, elle comprendra un jour quand elle sera mère », « elle n’est pas mère celle-là, c’est sûr », « si elle vit cette vie, c’est qu’elle n’est pas mère ». Et là, je me dis : en fait, si. Et quelque part, mais attends, je me fais déjà juger tellement par ma famille ; ces personnes, je ne les connais pas, et quelque part, je m’en fiche.

On peut être mère, on peut être libre sexuellement, et on peut être libre tout court. En fait, il faut choisir son modèle.

J’ai aussi beaucoup de jugements sur ma maternité, mais surtout des peurs sur mon fils. On m’a dit que je risquais de le rendre gai, donc j’étais là : ah ah, on ne devient pas gai comme ça, comme si c’était une maladie qu’on allait attraper avec moi. Ou forcément, vu mon mode de vie, mon fils va être traumatisé, il va avoir des problèmes, des séquelles.

On ne peut pas avoir une maman qui a ce degré de liberté sexuelle, de couple, de représentation, sans que ça crée un problème, selon eux. Mon fils comprend le polyamour, c’est tout bête, mais moi je ne lui cache pas ce genre de choses. Il comprend : bah oui, maman aime telle personne, maman aime telle personne, il y a telle personne, et c’est fluide.

Pour lui, il n’y a pas de problème. Après, il va y avoir le décalage qu’il devra gérer avec le regard des autres, forcément, et ça, c’est OK. Mais il y a beaucoup de jugement sur lui, avec cette idée de « qu’est-ce que ça va faire au pauvre enfant ? », « dans quoi il grandit ? ». En fait, tout est cloisonné. Mon fils n’est pas confronté à des scènes de nudité ou de sexualité ; je ne suis pas dingue, je ne fais pas n’importe quoi. Je ne veux pas traumatiser mon propre enfant.

Donc on peut aussi faire les choses en conscience. Et puis même les parents classiques, ils font bien l’amour à des moments. Bah c’est pareil, en fait : c’est juste une question de précautions, d’organisation. Je pense qu’en fait, ça peut juste très bien se passer.

Accepter le deuil familial et trouver sa famille de cœur

Mon fils a de très belles relations avec ma famille, donc je trouve que c’est important aussi qu’il puisse voir le reste de ma famille, et moi j’ai toujours soutenu ça.

Après, je ne suis pas non plus la bienvenue : ma compagne actuelle n’est pas bienvenue, c’est tout bête, mais ça fait des années que je ne suis plus invitée à Noël.

Et moi, je dois accepter que ma famille ne soit pas fière de ce que je fais, et ce n’est pas grave. Moi, j’aime bien ce que je fais, tout en gardant beaucoup de bienveillance. Je souhaite le meilleur à ma famille, tous leurs choix de vie sont OK pour moi. J’ai du mal à comprendre pourquoi on ne pourrait pas tous être différents, mais quand même vivre et s’aimer ensemble, être une grande famille.

OK, en fait, on ne partage pas les mêmes valeurs, mais ce n’est pas grave. Je fais mon deuil, et c’est comme ça.

Et quelque part, j’ai aussi une très grande famille de cœur : j’ai vraiment un noyau d’amis qui sont ma famille aussi, et qui comprennent mes valeurs.

Je suis super proche de mon fils, et c’est vraiment ça que j’aimerais. J’aurais aimé me dire à 15 ans : sois libre. En fait, tu sens cette pulsion de vie à l’intérieur de toi, cette pulsion de liberté, et à chaque fois que tu essaies de la réprimer, c’est difficile ; je ressens une pression physique, et je souffre.

Écoute-toi, suis ton instinct, tu as le droit d’être toi, et tout va bien se passer. Tu peux être aimé comme tu es.

Je suis libre sur tous les plans de ma vie maintenant : amoureusement, sexuellement, physiquement, familialement. Mais la vie que j’ai aujourd’hui, à 39 ans, c’est la vie dont aurait rêvé la Aurélie de 18 ans, et c’est encore en construction : il y a plein d’espaces où je sais que je peux gagner encore de la liberté.

Je fais toujours une thérapie, depuis 11 ans maintenant, toutes les semaines. Je continue à me poser des questions, à me remettre en question, à apprendre. Je ne suis pas arrivée quelque part : c’est tout le temps, tout le temps, comment je peux m’améliorer, comment je peux apprendre sur moi, et comment je peux m’aimer.

Avec bienveillance, parce que le travail n’est jamais fini, et c’est ça qui est beau : se dire que c’est un chemin. Et j’ai toujours l’impression d’être au début du chemin.

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